Catalogue artiste & critiques d’art


Catalogue de l’artiste

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Critiques d’art

Eric Verrax, créateur du Musée du Fixé / Fait à Lyon le 22/11/24
Chanath dans le paysage de la peinture sous verre contemporaine
1/ Chanath appartient indubitablement à une tradition établie, celle de la peinture sous verre 
Ses caractéristiques techniques et thématiques essentielles sont les suivantes : 
Le peintre peint à l’envers sur une plaque de verre ou parfois de plexiglas ;
Ce qui le conduit à commencer par les détails, le fond vient après ;
Le verre fonctionne comme un vernis protecteur et il est très rarement travaillé ;
Les thèmes expriment très souvent une « positivité » : ni mort, exil, souffrance, violence… ; 
Ils sont largement ahistoriques mais élémentaires ou quotidiens ;
2/ Chanath est représentative d’un renouvellement de cette tradition à plusieurs égards
On ne trouve chez elle pas de sujet religieux mais une célébration de la vie ; (cf. la série Mystères du monde, 1994)
Elle développe son œuvre sans enracinement géographique ni généralement références historiques ;  
Presque seule elle propose des expérimentations techniques (verre ondulé, fusing…) ; (cf. Mémoires d’eau, Nature et Poésie, Maison de la Poésie Rhône Alpes, 2021).
Ses œuvres sont signées et nommées, phénomène récent et rare ;




Elle met l’innovation (des sujets, des techniques, mais aussi les collaborations avec des écrivains) largement devant la répétition, posture très rare ; 
Elle conjugue les thèmes abstraits et ceux qui relèvent du figuratif ;
3/ Son approche apparaît singulière à l’intérieur même de ce renouvellement 
Participation au besoin créative -avec des œuvres ad hoc- à des expositions temporaires, portraits d’écrivains… (Adrienne Monnier et Edmond Charlot, Pour l’amour des livres, Musée du Revard, 2019) ;

Participation à des livres d’artiste, ce que nul autre peintre sous verre ne fait : Oasis, Poèmes de Touria Ikbal et Chantal Legendre, peintures sur verre. Editions de la souris, 2012 ; La forêt de l’amour en nous : poèmes du poète syrien Adonis, peintures sur verre. Livre d’artiste, édition courante Les éditions de la souris, 2012. Adrienne Monnier et Edmond Charlot, Pour l’amour des livres, Musée du Revard) 14 peintures sur verre, 2019. Pénélope, Pierre de patience, poèmes de Lara Dopff. Livre d’artiste, édition courante Maison de la Poésie Rhône Alpes, 2024.
En prise avec l’éco-féminisme, elle participe de son époque (causes environnementales ou humanistes :   Gladiateures, manifestation contre les violences faites aux femmes 100 Peintures sous verre pour accompagner poèmes, films, affiches, peintures… de 12 artistes femmes, françaises, iranienne, yéménites, marocaine, syrienne. Exposition à La Maison de l’International et Ancien musée de 
Grenoble avec la ligue des Droits de l’Homme et Amnesty International, 2010. Nature et Poésie : Revue Bacchanales, Maison de la Poésie Rhône-Alpes, 21 Peintures sous verre dont des peintures 



sur verres thermoformés ( Nacres Lichens, Source, Origine) pour accompagner 54 poètes, 2019.
Ses travaux sur le verre comme matériau à part entière, utilisant l’aléatoire de l’ondulé et du four, la singularisent comme personne visent à utiliser les vibrations produites par la texture même du verre, martelé d’un côté et lisse de l’autre pour établir un lien entre l’humain et le mystère de l’univers par ce verre proche de celui nommé « Verre Cathédrale »… (Cf. ses oeuvres variées récentes Effloraison, Cosmos, Evasion, Jaillissement).

Dans l’histoire comme dans le paysage de la peinture sous verre en France Chanath propose une voie originale d’innovation comme peu aujourd’hui, ce qui représente un des défis majeurs de cette technique.
In fine, elle exprime un art qui ne relève ni du Fixé savant ni du Fixé populaire, selon la classification de Jeanine Geyssant, proposant une voie singulière et appréciée.
À ce titre, elle a été largement présente sur les cimaises du Musée du Fixé au Revard (73) de 2016 à 2022 comme elle l’est aussi au Musée du Fixé – L’Univers de la peinture sous verre à Job (63), qui ouvre au printemps 2025.


Pierre Vieuguet, président co-fondateur de la Maison de la poésie Rhône-Alpes
Saint-Martin-d’Hères, le 11 avril 2025
Pour l’artiste Chantal Legendre CHANATH, peintre et sculpteure, créer des livres d’artistes est une très longue histoire.
Depuis les 7 livres pour la Paix, réalisés en 1998 avec sa presse à bras, en l’espace d’un jour autour des 5 continents, des 5 sens, des 7 couleurs de l’arc-en-ciel, dans un dialogue constant avec les poétesses et les poètes, elle a, par son regard, par ses mains, jouant avec les papiers et les matériaux les plus divers, fait naître de véritables chefs-d’oeuvre.
Reliure de papiers rares, cuirs teintés, fermoirs, tissus : chaque livre d’artistes fait l’objet de gestes précis, d’une grande attention.
Elles réalise des ouvrages uniques ou en quelques exemplaires, numérotés et signés, sur des papiers du Moulin de Larroque en Dordogne, accueillant dans une cuve des vitraux, des peints sur verres, des papiers artisanaux, les textes choisis des poètes et poétesses de quatre continents qu’elle a rencontrés : Claudine Bertrand et Richard Sage du Québec, Adonis et Maram Al Masri de Syrie, Ali Abdullah Khalifa de Bahrein, Khadidja Al Salami du Yemen, Jaleh Chegeni d’Iran, Cù Huy Cân du Vietnam, Touria Ikbal du Maroc, Abdelhamid Laghouati d’Algérie, Anas Alaïli de Palestine et de France : Hervé Bienfait, Jeanne Cordelier, Stéphanie Debout, Lara Dopff, Jean-Paul Dousse, Marie-Zoé Legendre, Daniel Masson, Marion Sellenet, Pierre Vieuguet…
Elle expose en France et à l’étranger, au Québec, au Maroc, à Bahrein, au Vietnam ses oeuvres et livres d’artistes qui recevront de nombreux prix : Foire aux livres d’exception d’Albi, Prix international Saint-Denys Garneau au Québec.
Elle accompagne plusieurs éditions de création de la Maison de la poésie Rhône-Alpes : Paroles de Paix, Mémoires d’eau, Nature et Poésie. Elle peindra pour le catalogue du musée des peints sur verre du Revard, près de Chambéry, les portraits du grand éditeur d’Albert Camus, Edmond Charlot à Alger et de son amie la libraire Adrienne Monnier à Paris.
Inventant l’usage du verre dans la belle édition, Chantal Legendre, offre une création artistique originale de patience. Ses livres rares constituent pour aujourd’hui de véritables livres d’heures issus d’une ancienne tradition. Ils dialoguent étonnamment avec la poésie contemporaine, spiritualité de notre temps.


 

Florentine Rey, mai 2020 – Extraits de Présentation de l’artiste CHANATH dans la revue Bacchanales N°63 
Edition Maison de la Poésie Rhône-Alpes.
Il  a quelque chose d’Hildegarde de Bingen chez Chanath : l’artiste, l’herboriste, la femme libre. 
Son art a plusieurs vies : le modelage, la sculpture, les vitraux et les tableaux de verre, la gravure, les livres d’artiste et la poésie. Le tout tendu par le désir de se confronter à la matière pour réinventer nos regards et nous restituer du monde une part essentielle que nos vies dispersées semblent avoir oublié.
L’écriture lui a permis d’interroger les lettres de son nom et c’est ainsi que Chantal Legendre a engendré Chanath. 
Quand on rencontre pour la première fois ses peintures sur verre titrées Mystères du monde on sent tout de suite l’énergie. Une énergie qui n’est pas celle du feu mais plutôt celle de l’eau qui peut prendre toutes les formes : icebergs, jaillissements, flux mais aussi stagnations ou reflets…
On navigue entre les sources de vie portées par les cascades, les ruissellements qui peuvent être associés au temps qui passe et dépose ses sédiments, et l’intemporalité qu’elle nous offre avec des eaux plus stagnantes, des maisons-pirogues qui semblent flotter sur les nuages…
Chanath renverse la réalité et peint au-delà des apparences… laisse passer la lumière, affirme l’épaisseur du tableau comme du monde qu’elle observe et recréé. Car au-delà de l’apparente simplicité de ses « mondes-mystères », c’est bien d’épaisseur, de densité, de jeux de forces dont il s’agit. Et ce qui soutient le tout, c’est l’harmonie…
Chanath ne lâche pas son entièreté, c’est ce qui fait son courage et la réinvention sans cesse de son travail. Elle sait où elle est, d’où elle œuvre et c’est depuis cet ancrage puissant qu’elle peut se permettre de s’aventurer plus loin. On pense à Michaux : « Va suffisamment loin en toi pour que ton style ne puisse plus suivre. » …
Chanath, c’est aussi la figure de l’insoumission. Le verre restera bosselé, les couleurs débordent, les traits ne seront jamais droits…Elle fait se rencontrer des formes, des gens, des plantes, des mots et des images. Chanath est à la confluence. Elle créé les conditions de la création : de la terre, des astres, de l’eau…
Depuis la violence des premiers travaux de sculpture et peintures, les corps de feu, les 25 huiles en hommage à Camille Claudel, tout semble s’être apaisé. Elle ne baisse pas les bras pour autant et continue de faire sa part pour une société plus juste et plus équitable  (…) en témoigne la rencontre récente gladiateures qu’elle a organisée contre la violence faite aux femmes. Ou encore Terre Promise « pour dénoncer le sort barbare réservé aux Erythréens lors de leur fuite vers un monde meilleur, migrations illusoires où la torture et la mort sont au bout du chemin. » 
Et voilà qu’aujourd’hui la forme cherche encore à sortir du cadre puisque Chanath fait onduler le verre. Elle force ainsi notre regard à déplier le paysage pour profiter d’une autre lecture : la forêt prend des allures aquatiques, les troncs d’arbres ondulent comme des algues, le regard est bouleversé. 
Chanath, c’est une présence au monde discrète mais forte, intense. On dirait bien qu’au milieu de ses plantes, rivières et bassins et de ceux qui comptent pour elle Chanath a trouvé sa place. Elle offre à nos regards sérénité, beauté et ne parle d’accomplissement que lorsque l’œuvre est partagée.

 


Isabelle Chaveneau mars 2019
Chanath est une artiste passionnée et sensible. Sa peinture est toute en nuance et en énergie.  
Reconnue dans son esthétique et éthique artistique singulières, elle expose dans de nombreux lieux en France et à l’étranger.  
Pour exprimer la richesse de sa création elle emprunte diverses techniques : la peinture, particulièrement la peinture sous verre (également appelée fixé sous verre), la gravure, la sculpture, le vitrail. Elle aime les mots, la poésie, elle écrit, travaille avec des poètes, et donne des images à leurs mots.
Son univers pictural est hommage à la nature, à la femme, à l’amour.
 Les corps y sont fluides. Peu ancrés, ils flottent entre ciel et terre unis au cosmos. Si l’on y prête attention, on y rencontre le parfum d’un éternel féminin insaisissable… 
Ses paysages mènent à des horizons en cascade, de la lune au soleil, de l’aride au fleuri. L’infini s’y déploie.

Dans l’abstraction, elle fait un festin de couleurs où domine le mouvement.

Elle passe d’un demi ton insaisissable où flotte l’évocation d’une atmosphère, à l’éclat sans mesure de la couleur.
 Son trait à l’encre de chine n’enferme ni ne limite l’espace. Il est un guide qui permet la caresse d’un visage, d’un corps, d’un livre, tout en délicatesse. 

Laissons-nous porter au seuil de l’intime par la mélodie picturale de l’artiste.

« L’important se situerait dans la richesse du contact avec l’univers. A la jonction du monde intérieur et du monde extérieur. Il serait de l’ordre du plaisir et de la contemplation. »
Hubert Reeves (Reflet de lune)

« Transfiguration est à entendre comme ce qui se transforme de l’intérieur, et également comme ce qui transparaît dans l’espace entre le fini et l’infini, entre le visible et l’invisible »
François Cheng Cinq méditations sur la beauté.
(Résonance)
« L’œuvre ne réside pas dans le pinceau, ce qui lui permet de se transmettre ; elle ne réside pas dans l’encre, ce qui lui permet d’être perçue ; elle ne réside pas dans la montagne, ce qui lui permet d’exprimer le mouvement ; elle ne réside pas dans l’antiquité, ce qui lui
permet d’être sans limites ; elle ne réside pas dans le présent, ce qui lui permet d’être sans oeillères.
Cette œuvre repose, en vérité sur le principe de la discipline et de la vie : par l’un maîtriser la multiplicité, à partir de la multiplicité, maîtriser l’Un ; elle ne recourt ni à la montagne, ni à l’eau, ni aux pinceaux, ni à l’encre, ni aux Anciens, ni aux Modernes, ni aux Saints. Telle est l’œuvre véritable, celle qui se fonde sur sa propre substance.»
Shitao 1642-1707


Ileana Cornea, janvier 2008
« Les peintures de Chantal Legendre appartiennent à une esthétique et une éthique artistique singulières…
Quand certaines artistes femmes s’emparent de la peinture et qu’elles sont libres de toute préconception formelle, leur écriture picturale tourne le dos à la réalité et à la vie diurne. Elles inventent un langage personnel, un peu tarabiscoté. Leurs sujets de prédilection sont souvent la femme et la nature. Les femmes qu’elle créent ont des corps et des visages inventés, et la nature omniprésente dans leurs œuvres apparaît non pas comme chez les Impressionnistes vivante et lumineuse mais comme à travers un filtre.
L’imaginaire féminin est à part.
Léonor Fini cultive son « égo » se confondant organiquement avec les règnes végétal et minéral. Dans la peinture de la Vénitienne Manina, le corps de la femme est traversé par une nature spectrale.
Issues du même lignage poétique, les peintures à l’huile et les peintures de verre de Chantal Legendre participent à cette esthétique fantasque qui semble directement dictée par l’inconscient.
Elle aussi représente essentiellement des femmes et des paysages dans ses œuvres. On peut penser aux Préraphaélites.
Seulement chez les artistes anglais la représentation de la femme, de son corps et de ses charmes est redevable à une éthique « idéelle » et mystérieuse. Leur symbolisme étant conçu et construit. Chez Chantal Legendre, comme chez Léonor Fini et Manina le symbolisme est consubstantiel à son imaginaire de femme.
Ses fragiles sylphides ignorent les lois de l’apesanteur. Des intuitions et des pressentiments font que leur corps et leurs visages ne font qu’un avec leur être comme l’arbre avec la terre et la terre avec l’univers tout entier…. Qu’est ce qu’au juste le féminin ?
Dans les toiles, de Chantal Legendre, les couleurs vont par couples ;
Le jaune qui rappelle l’ambiguïté de l’or avec le rouge vermillon, Le « jaune d’or » avec le mystérieux cinabre. Le bleu, aussi est associé à ce jaune d’or qui revient sans cesse. Rien n’est complètement innocent dans ce mariage chromatique.
Il crée des lumières et des fluides, engendre une savante alchimie des effets en mouvement c’est l’allégorie de la nature, et la nature est femme.
Une certaine sophistication maniériste traduit sa recherche de l’harmonie. Dans cette quête picturale de l’absolu, veut concilier les contraires .
Rien n’est complètement innocent non plus dans l’imaginaire de la femme, mais tout en elle est au service de la vie.
Ses paysages prennent une dimension atemporelle.
Ils expriment quelque chose d’apocalyptique, un monde à l’état originel. L’artiste les appelle d’ailleurs : Inspiration, ou la Vallée de l’espérance.
Dans ses peintures de verre, le printemps de glace se pose sur le relief des montagnes et vallées.
Ce formidable travail sur la matière semble découpé d’une banquise, ou d’un morceau de nature d’avant l’avènement du soleil. Des gouttes comme les gouttes de pluie se métamorphoseront dans des gouttes de larmes pour refléter l’image d’un monde à venir. »


Mon travail commenté par Francis Parent, Critique d’Art (membre de l’A.I.C.A.) :
Classification du travail de Chantal Legendre (Chanath) :
« Les figurations sont douces figures formellement, matériellement, plutôt douces (Edward Hopper, Balthus, Edouard Pignon, P. Klossowski, Sam Szafran, A. Garcia Lopez […]
Les combinaisons sont structurées […] combine indifféremment lignes, couleurs, matières ou volumes de façon plutôt structurée (Michail Heizer, Anish Kapoor, Miguel Barceló […] D’une « humanité » (allant de la Vie à la Mort)
- de façon factuelle (John de Andrea, Duane Hanson, Itsvan Sandorfi […] – ou bien symbolique (James Ensor, G. Rouault, F. Gruber, Zoran Music, Rebeca Stevenson, Jan Vercruysse […]
Explore et décline une même thématique ou une même ressource (objet, materiaux […] pour lui faire dire un maximum (les « Saintes Victoires » de Cézanne, les « Marylin » de Andy Warhol, les « méthodes » de Rutault, les « corps » de J. et D. Chapman, ou de Katharina Fritsch […] ou d’une même ressource (objets, matériaux, etc.: les « bananes » de G. Titus Carmel; les « soldats » de Miralda; les « mégots » de Damien Hirst […] pour en explorer toutes ses facettes. »